La première fois que j’ai mis les pieds dans un atelier ouvert pour les JEMA, j’avais à peine dix ans. Ma mère m’avait traînée — c’est le bon mot — dans l’atelier d’une amie céramiste, quelque part en Bourgogne. Je me souviens du sol en terre battue, de l’odeur d’argile humide qui prenait à la gorge, et de cette sensation bizarre de tenir une écuelle fraîchement tournée, encore tiède, comme si elle respirait. Quinze ans plus tard, je n’ai pas envie de vous dire que ça m’a changé la vie, parce que ce serait un cliché. Mais bon. Ça m’a changé la vie.

Les Journées Européennes des Métiers d’Art reviennent en 2025 pour leur 19e édition, du 31 mars au 6 avril. Une semaine entière dédiée aux artisans d’art, à leurs ateliers, à leurs mains. Et pour la céramique en particulier, c’est LE rendez-vous du printemps. Voilà tout ce qu’il faut savoir.

C’est quoi, les JEMA, au fond ?

Les JEMA — Journées Européennes des Métiers d’Art — c’est un événement coordonné par l’Institut National des Métiers d’Art (INMA), qui réunit chaque année des centaines d’artisans à travers toute l’Europe. En France, c’est la plus grande manifestation dédiée aux métiers d’art de l’année. En 2024, on comptait plus de 2 000 lieux ouverts dans l’Hexagone. En 2025, la dynamique s’amplifie encore.

Concrètement, ça veut dire que des céramistes, des luthiers, des maroquiniers, des souffleurs de verre — et j’en passe — ouvrent leurs portes, gratuitement pour la plupart, pour accueillir le public. On peut regarder travailler, poser des questions, toucher des pièces (quand c’est permis), participer à des mini-ateliers. C’est vivant, c’est concret, ça sent la matière. J’adore.

La céramique partout en France : la carte des ateliers ouverts

Pour trouver un atelier céramique près de chez toi, la ressource incontournable c’est la carte interactive des JEMA disponible sur le site officiel journeesdesmetiersart.fr. On filtre par discipline, par département, par type d’événement — et hop, la liste s’affiche.

L’an dernier, j’avais utilisé cet outil pour planifier mes visites, et c’est vraiment bien fait. On peut voir les horaires, les adresses, et même un résumé de ce que chaque artisan propose. Quelques catégories qui reviennent souvent pour la céramique :

  • Ateliers ouverts : tu regardes le céramiste travailler, tu poses tes questions
  • Démonstrations : tournage, émaillage, cuisson — souvent programmé à heure fixe
  • Ateliers participatifs : tu mets les mains dans la terre (et tu repars avec les mains sales, ce qui est un très bon signe)
  • Expositions et ventes : parce que oui, on peut aussi craquer et repartir avec une belle pièce

Les villes comme Paris, Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Rennes ou Montpellier concentrent logiquement beaucoup de participants — mais les pépites, souvent, se trouvent dans les petites communes rurales. Un conseil : explore au-delà de ta métropole.

Focus sur les jeunes céramistes : la relève est là

Ce qui me touche le plus dans les JEMA, c’est de croiser les jeunes céramistes installés depuis peu. Ceux qui ont tout plaqué pour se reconvertir, ou ceux qui sortent tout juste d’une formation en CAP ou en école d’art. La plupart ont moins de cinq ans d’atelier, et pourtant leur énergie est absolument contagieuse.

Pourquoi la jeune génération céramiste est différente

C’est une génération qui combine des références très larges : le wabi-sabi japonais, le grès brut scandinave, les terres de Vallauris, et aussi Instagram et les tendances de l’art de la table contemporain. Ils expérimentent des techniques mixtes, jouent avec les textures, osent des formes inattendues. Et surtout, ils parlent de leur travail avec une franchise que j’adore — sans jargon, sans posture.

Beaucoup de ces jeunes céramistes sont aussi passés par des formations alternatives : des résidences chez des maîtres reconnus, des apprentissages informels, des voyages au Japon ou en Corée. Le monde de la céramique est de plus en plus poreux, connecté, et c’est une vraie bonne nouvelle.

Durant les JEMA 2025, cherche spécifiquement les ateliers signalés « premier accueil JEMA » — ce sont souvent des jeunes qui participent pour la première fois. Leur enthousiasme est intact, et leurs prix aussi sont souvent plus accessibles.

Des rencontres à ne pas manquer

Les JEMA 2025 sont l’occasion de rencontrer des céramistes de tous horizons. Parmi les noms qui circulent dans les réseaux de la céramique française cette année :

Jonas Euvremer

Jonas Euvremer est un céramiste qui travaille le grès et la porcelaine avec une sensibilité particulière pour les formes organiques. Son travail évoque la géologie, les strates, le temps long de la matière. Il participe régulièrement aux JEMA et propose souvent des démonstrations de tournage — c’est fascinant de voir comment il construit ses pièces par accumulation de colombins, presque comme de la sculpture.

Cécile Queguiner

Cécile Queguiner est connue pour ses céramiques émaillées aux couleurs profondes, inspirées des paysages bretons. Elle maîtrise des recettes d’émaux qu’elle développe elle-même, et ses bleus — entre ciel bas d’hiver et mer d’Iroise — sont reconnaissables entre mille. Lors des JEMA, elle ouvre généralement son atelier breton et propose des échanges sur sa pratique des émaux naturels.

Et bien d’autres…

La vraie richesse des JEMA, c’est qu’on y croise des centaines de céramistes dont personne ne connaît encore le nom — et qui méritent pourtant qu’on s’y attarde. La carte interactive est ton meilleur ami pour dénicher ces pépites. Prends le temps de lire les descriptions, de regarder les photos des ateliers. Tu verras, tu auras envie d’y passer la journée entière.

Ateliers participatifs : pour tous, vraiment

Un des grands atouts des JEMA, c’est que c’est accessible à tout le monde. Même si tu n’as jamais touché de l’argile de ta vie (ce qui, soit dit en passant, devrait être considéré comme un manque grave), tu peux participer à des ateliers d’initiation.

Atelier de tournage céramique lors des Journées Européennes des Métiers d'Art

Ces ateliers participatifs sont pensés pour : - Les enfants (dès 5-6 ans en général) — modelage libre, petits animaux en terre, plaques décorées - Les adultes débutants — initiation au tour, à la main ou au colombin - Les curieux de passage — souvent des formats courts de 30 à 45 minutes, parfait pour avoir une première expérience - Les pratiquants occasionnels — pour se perfectionner, découvrir une nouvelle technique ou un type d’argile différent

Certains ateliers sont gratuits, d’autres sont payants (compter entre 10 et 30 euros en général pour une session participative). C’est toujours indiqué sur la carte. Reserve à l’avance si tu peux — les créneaux populaires partent vite, surtout le week-end.

Mes conseils pour profiter à fond des JEMA

J’ai fait les JEMA plusieurs fois maintenant, et j’ai accumulé quelques réflexes qui font la différence :

1. Planifie, mais reste flexible. La carte interactive te permet de construire un circuit de visites, mais laisse toujours de la place pour l’imprévu. L’atelier qui m’a le plus émue cette année, je l’avais découvert en tournant par hasard dans une petite rue.

2. Pose des questions. Les céramistes adorent parler de leur travail — vraiment. N’aie pas peur de paraître ignorant. « Pourquoi cette couleur ? », « Combien de temps pour faire ça ? », « C’est quoi la différence entre faïence et grès ? » — toutes les questions sont bonnes.

3. Touche (si c’est autorisé). La céramique, ça se vit par les mains. La texture d’un grès brut, le poli d’une porcelaine, l’irrégularité d’une pièce tournée à la main — c’est dans les doigts que ça se comprend vraiment.

4. Note les noms. Quand tu as un coup de cœur pour un céramiste, note son nom, son Instagram, son site. Tu reviendras sûrement.

5. Achète si tu aimes. Soutenir un artisan, c’est concret et immédiat. Une belle pièce, même petite, c’est un souvenir qui dure des années et un geste de soutien direct à la création artisanale.

La céramique au printemps : un moment unique

Il y a quelque chose de particulièrement juste dans le fait que les JEMA se déroulent au printemps. C’est la saison de la reprise, de l’énergie retrouvée. Dans beaucoup d’ateliers, le four vient tout juste d’être allumé après une période de travaux ou de formation hivernale. Les nouvelles collections arrivent. Les idées fermentent depuis des mois et prennent enfin forme.

On avait déjà exploré cette énergie printanière lors des JEMA 2024 : sur le bout des doigts — la céramique tactile, qui était justement centrée sur la dimension sensorielle de la céramique. Cette année, 2025 pousse encore plus loin l’ouverture aux publics et aux territoires — avec une présence renforcée dans les zones rurales et les petites villes.

Les JEMA 2025 s’inscrivent aussi dans un contexte culturel favorable : jamais la céramique n’a été aussi populaire en France. Les cours d’initiation affichent complet partout, les nouvelles boutiques spécialisées fleurissent, et les céramistes contemporains touchent un public de plus en plus large. C’est un bon moment pour être curieux.

En résumé : qu’est-ce qu’on fait du 31 mars au 6 avril ?

On sort. On explore. On pose des questions. On met les mains dans la terre si on peut. On rencontre des gens qui ont choisi de travailler la matière avec leurs mains, dans un monde qui ne valorise pas toujours ce choix — et qui méritent qu’on s’y attarde.

La carte des JEMA 2025 est consultable sur journeesdesmetiersart.fr. Prends vingt minutes ce soir pour identifier les ateliers céramique près de chez toi. Et ensuite, vas-y. Vraiment.

Moi, j’ai déjà trois adresses dans ma liste. Je dirai à ma mère de se tenir prête pour le week-end du 5 avril. Elle a déjà prévu de venir avec ses propres questions — parce que même les céramistes professionnels adorent visiter les ateliers des autres. Ça, ça m’a toujours touchée.

Bonne exploration à toutes et à tous.

— Clara M.